|
"Nous appartenons à une génération qui vit très bien sans cette fiction. Qui n’a jamais compté sur la retraite ni sur le droit du travail, encore moins sur le droit au travail. Qui n’est même pas «précaire» comme se plaisent à le théoriser les fractions les plus avancées de la militance gauchiste, parce qu’être précaire c’est encore se définir par rapport à la sphère du travail, en l’espèce: à sa décomposition. Nous admettons la nécessité de trouver de l’argent, qu’importent les moyens, parce qu’il est présentement impossible de s’en passer, non la nécessité de travailler. D’ailleurs, nous ne travaillons plus: nous taffons. L’entreprise n’est pas un lieu où nous existons, c’est un lieu que nous traversons. Nous ne sommes pas cyniques, nous sommes juste réticents à nous faire abuser. Les discours sur la motivation, la qualité, l’investissement personnel glissent sur nous pour le plus grand désarroi de tous les gestionnaires en ressources humaines. On dit que nous sommes déçus de l’entreprise, que celle-ci n’a pas honoré la loyauté de nos parents, les a licenciés trop lestement. On ment. Pour être déçu, il faut avoir espéré un jour. Et nous n’avons jamais rien espéré d’elle: nous la voyons pour ce qu’elle est et n’a jamais cessé d’être, un jeu de dupes à confort variable. Nous regrettons seulement pour nos parents qu’ils soient tombés dans le panneau, deux du moins qui y ont cru."
Agacement d’Oriane (Crayon de couleur bistre): Petits cons… J’ai toujours détesté ces fils de bourgeois (s’ils n’en étaient pas ils n’écriraient pas comme ils écrivent, car c’est vrai que c’est un assez beau texte) qui «crachent dans la soupe» pour parler comme eux. Le Général Proust s’est toujours méfié d’eux et a su les faire contrôler par sa police, malgré les cris d’orfraie de quelques intellectuels aveugles, pour les empêcher de nuire. Au fait, la fiction dont il s'agit est celle du travail.
Contexte (où vous pouvez trouver l'intégralité du texte): L'insurrection qui vient.
|